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Ondine est une histoire hors du temps et des hommes : c'est l'immortalité, l'amour total et passionné. Ondine incarne la "femme" rêvée, amoureuse et sincère, emportée dans un monde brutal et mortel. Elle se cogne à la vie quand elle rencontre Hans, le chevalier errant. Il est l'homme solitaire, incarnation de la virilité qui plaît à Bertha puis à Ondine. Mais il est aussi l'homme des failles, l'homme faible, trompeur et trompé, pour qui la fidélité n'est pas une fin en soi. Ondine, prise au piège de l'amour qu'elle voue à ce mortel contre le gré des siens, scellera son destin dès le début. Son entrée dans le monde des hommes mettra en branle l'équilibre entre le réel et l'imaginaire. La confrontation de ces deux univers sera fatale aux deux amants. Pièce d'amour, de la vie. Pièce d'amour de la nature. La célèbre pièce de Jean Giraudoux jouée dans le monde entier fut créée par Louis Jouvet en mai 1939. Elle est ici mise en scène par Jacques Weber. |
![]() II y a quelques temps ce voyage à Bellac... J'étais en préparation d'Ondine... J'allais y jouer Molière, ce ne fut pas le dernier paradoxe... Je retrouvais là un lieu d'enfance et de vacances, une nature à la douceur sombre, une vie rugueuse et simple, des vallonnements raides et silencieux, " mystérieux ", telles étaient mes sensations en culottes courtes... À huit ans je n'avais pas encore le sens du paradoxe mais là-bas je me disais déjà: " les jours tombent et les nuits se lèvent ".
photo Marie Dorigny
Bellac... La maison de Giraudoux est haute et droite, bordant une sorte de grande route où les camions ébranlent à leurs passages les cadres des tableaux, une maison désormais séparée violemment de son village, de sa nature. Là-haut dans une petite pièce carrée, un bureau simple. Giraudoux pessimiste et désinvolte, écrivait, nous parlait de l'homme et de la nature... Les camions ne passaient pas encore, ne tuaient ni la voix des sources ni le chant des oiseaux.
Je connaissais mal l'oeuvre de Giraudoux et j'avais de vilains a priori sur Ondine, les a priori de la "petite connaissance "et du généralisme. Un jour une belle dame est venue me voir dans ma loge, elle voulait jouer Ondine et que je l'aide à raconter cette belle histoire. Elle me parla, espiègle, sauvage, réservée, spontanée, oui insaisissable, bondissante, si proche de la transparence des petites sources et des fonds noirs des petits ruisseaux, c'était Laetitia Casta. Alors je lus et relus Ondine, " féerie ruisselante ", " opéra rentré" disait Giraudoux. Petit à petit je rentrais dans un temps à " montres molles ", un temps dont un enchanteur se jouait, on pouvait penser à Harry Potter ou Matrix, mais ici l'illusionniste était sans accessoire, si ce n'est une langue robuste, légère et gracile, luxuriante et soudaine, nue " comme inondée d'une eau qui n'a touché que l'eau ", une langue à fleur de peau, à fleur de l'eau. Sans doute une langue précieuse et ornementale " normalienne " pour ceux qui ne savent pas regarder lentement la nature au rythme d'un petit village obscur et calme du centre de la France. Alors j'ai voulu comme Hans, comme tout chevalier errant, partir et jacasser dans et autour de la pièce, tenter d'aller par-delà la forêt noire, briser l'obscure vérité et rechercher la transparence. Hans, Xavier Gallais, ex-Cyrano, ex-Ruy Blas, ex-Zucco dénichant toujours le risque à prendre dans un rôle. Le "Beau Bête", le " Nous Tous ", l'ordinaire Hans qui nous transporte et parfois nous leurre par de formidables malentendus, quand il se sent Roméo nous sommes Roméo, toutes ces chimères, transcendance de pacotilles nous émeuvent... Mais soudain, une scène de ménage éclate, Feydeau n'est pas loin, oui ému et dénoncé tour à tour... L'homme n'est qu'un langage qui ment.La nature vit, mais l'armure est là, l'empêchant de passer par tous les pores de notre peau. Ondine lave et purifie, déborde et désordonné, certes elle nous séduit comme elle m'a séduit, comme le chant des sirènes entraîne tout homme au fond de l'eau... Mais est-ce sa perte? C'est vrai la morale de l'histoire dit qu'il ne faut jamais s'éloigner de sa nature mais au bout du "conte "c'est de la Nature que l'homme s'en va. Auguste nous dit au premier acte "C'est vrai que la nature n'aime pas se mettre en colère contre l'homme. Elle a un préjugé en sa faveur. Elle tolère de sa part ce qu'elle n'admet d'aucune autre espèce. Mais s'il a déplu une fois à la nature, il est perdu! " Certains parleront de naïveté. Mais Hans meurt et la nature oublie. Reste toujours la lumière des étoiles mortes. Oui ! Je crois qu'il est trop tard... Je m'accorde juste le temps de raconter une belle histoire très belle, très drôle par folles bouffées, par parenthèses et triste pour l'éternité avec de jeunes acteurs qui "ont quinze ans et qui ne mourront jamais".
II y a une cabane de pêcheur pas loin, ou plutôt un petit bureau de bois dans une pièce blanche, à la fenêtre, le limousin se tait ou gronde, je ne sais pas, Giraudoux donne un dernier conseil à Madeleine Ozeray, à Laetitia, à nous acteurs, à "Nous Tous " Ne soyez pas une actrice, redescendez en vous-même, songez à votre enfance, ne levez pas les yeux au ciel, Ondine est un monstre terrestre.
Jacques
Weber
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