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A
propos de Jean Giraudoux par Paul-Louis Mignon
Au lendemain de la première guerre mondiale, Jean Giraudoux, romancier
estimé de
Simon le pathétique,
entreprit de tirer une pièce de son nouveau roman,
Siegfried et le Limousin.
Tentation du Théâtre ?
Dès son enfance, il en avait eu le goût, animant de petits
spectacles, composant des comédies, telle
La Rosière des champignons,
écrite en vers ; jeune homme, il était devenu un spectateur
assidu.
II soumit son essai dramatique, intitulé
Siegfried von Kleist, à
Jacques Copeau,
à
Gaston Baty... sans aboutir. Le manuscrit volumineux demeurait en jachère
quand, son ami, l'auteur dramatique Bernard Zimmer, organisa, en 1927,
un déjeuner avec Louis Jouvet, au restaurant du Parc Montsouris.
Jouvet estima
à
huit heures le temps nécessaire
à
la représentation, s'inquiéta de l'abondance d'une fantaisie
imaginative qui multipliait
à
plaisir les décors, mais reconnut aussitôt la vertu théâtrale
originale du langage de l'écrivain : « Etre réel dans
l'irréel », (essence même,
à
ses yeux, de la poésie dramatique. Note par note, il aida Giraudoux
à donner forme
à
son univers scénique,
à
le construire. En trois mois,
Siegfried
fut transformé, métamorphosé, l'élève
Giraudoux avait acquis la même maîtrise des « secrets
» nécessaires
à
l'élaboration d'une oeuvre majeure du théâtre français
dont Jouvet serait l'accoucheur.
Réelle dans (irréel, la fiction de
Siegfried si
peu d'années après la fin de la guerre, en un temps où
les relations franco-allemandes sur le champ de bataille, au milieu des
cadavres, sans uniforme et sans mémoire, devenu, la paix reconquise,
le chef du gouvernement allemand et se révélant... français...
Par ses thèmes,
à
travers l'invention et le charme de la fable, les images surprenantes
et merveilleuses du langage, par le pouvoir du style, le théâtre
de Giraudoux a répondu aux questions posées par un monde
tourmenté. Dans le jeu de l'imagination, il proposait des visions
prophétiques, comme, en 1935, la tentative ultime d'Hector, le
chef des troyens, et d'Ulysse, celui des grecs, d'éviter que
La
Guerre de Troie... ait lieu ; il
annonçait le face
à
face dérisoire, trois ans plus tard,
à
Berchtesgaden, de Daladier, Chamberlain, Hitler et Mussolini . En 1943,
peu avant de mourir,
La Folle de Chaillot
dénonçait le trafic des « Mecs » dans les affaires
pétrolières.
Mais un conflit plus général et plus intime parcourt le
théâtre de Giraudoux il passe superbement par la féerie
d'Ondine: la
division insurmontable du genre humain entre homme et femme, l'impossibilité
tragique, pour l'homme et la femme, de réaliser,
à
terme, l'union. Des illusions, dans
Amphitryon 38,
du couple formé par Alcmène et Amphitryon
à
celles d'Ondine et de Hans qui se dissolvent dans la mort du chevalier,
à
l'humanité séparée de
Sodome et Gomorrhe. « Il
n'y a plus d'hommes, Ruth bien aimée », dit Léa
à
Jacques qui (interroge : « Où sont les femmes ? »,
jean répond : « II n'y aura plus jamais de femmes pour nous.
» Tous sont foudroyés, mais des voix s'élèvent
à
nouveau et, pirouette de l'humour giralducien, l'ange annonce : «
La scène continue. »
Et Ondine ? A la dernière scène, elle va rejoindre le royaume
des ondins. Sa mémoire humaine effacée, elle ne reconnaît
plus le corps gisant de Hans et soupire : « Comme je l'aurais aimé.
»
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