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Yasmina REZA,
Retour au Théâtre Antoine

Voilà près de vingt ans que nous avons fait la découverte de Yasmina Reza.
Tout d’abord, la talentueuse comédienne applaudie dans « Le veilleur de nuit » de Sacha Guitry auprès de Fabrice Luchini et remarquée dans différents autres spectacles de très belle qualité.

C’est en 1987, avec la Fondation Johnson pour le théâtre que nous avons lu et œuvré pour la première pièce de ce jeune auteur. Nous l’avons suivi, nous l’avons encouragé, Gabriel Garran était là lui aussi.
La création de « Conversations après un enterrement » eut lieu en janvier 1987 au Théâtre Paris Villette, dans la mise en scène de Patrice Kerbrat.
La presse salua la naissance d’un auteur de talent, la profession lui attribua en Avril 1987 le Premier Molière du meilleur auteur de langue française.
D’autres pièces prestigieuses suivirent en France et à travers le monde.
En 2001, le Théâtre Antoine créa « Trois versions de la vie » jouée avec un grand succès pendant 250 représentations.

Il était évident que nous retournerions à la source pour retrouver un auteur qui parle si bien des hommes et des femmes d’aujourd’hui avec humour, force, sensibilité et émotion.

Voilà pourquoi, nous avons aimé et que nous aimons ces si belles, si fortes et si tendres conversations de Yasmina.

Beau retour à Yasmina dans notre maison.

Héléna BOSSIS – Daniel DARES


 

 
 

Avec Yasmina REZA

Il y a deux décennies, une jeune femme de 25 ans achevant son manuscrit surprit le milieu théâtral français en relatant au-delà d’une tombe - avec la part laissée au silence et à l’impalpable - ce qu’il y avait de subversif et de légitime dans le retour de l’appétit de survie .

Hors de l’amitié qui me lie depuis si longtemps à Yasmina, ce qui me frappe aujourd’hui est la singularité inentamée de ce texte, l’étonnante circulation des humeurs et des brisures, son aptitude à franchir frontières et générations. Ces conversations après un enterrement portent en elles la genèse de son œuvre littéraire et théâtrale.

Une journée pas comme les autres. Un homme meurt. La fratrie familiale des Weinberg s’apprête à faire son deuil. Mais apparaît dans l’ombre de Thanatos, venue de « nulle part » le retour énigmatique d’une jeune femme. Celle par qui vient l’interrogation, le désordre, l’imbrication des passions humaines.

C’est cette facette de la double crise qui m’intéresse, ce parcours fragile et exacerbé qui en quelques heures va de l’extinction à la libération irrépressible des pulsions. Désirer, c’est vivre...

A l’origine, préfaçant l’acte de naissance à Paris-Villette, j’avais ressenti le frisson tchékhovien. Au risque de surprendre, il y a aussi du Woddy Allen chez Yasmina Reza. L’humour lacunaire et le violent pessimisme comique qui est en elle bout dans cette marmite intime et chorale. C’est drôle comme une tragédie, c’est dramatique comme une comédie.

J’ai choisi pour mener à bien cette traversée où la parole circule, où tour à tour chacun a le rôle principal, la verité d’une troupe avec mes amis comédiens Bernard Verley, Josiane Stoleru, Jean-Michel Dupuis, Mireille Perrier, Serge Hazanavicius et Margot Abascal.

C’est également une belle aventure commune avec le Théâtre Antoine que dirigent les grands servants que sont Héléna Bossis et Daniel Darès. Et pour moi un retour dans ce haut lieu parisien qui avait déjà accueilli mes travaux sur Max Frisch, Tchicaya U Tam’Si, Marguerite Duras. Et à nouveau, sur sa scène, Yasmina Reza.

Gabriel GARRAN


     
 

Rencontre avec Yasmina REZA

Votre première pièce « Conversation après un enterrement » a été créée en 1987 au théâtre Paris Villette. Il a fallu attendre presque vingt ans pour qu’elle voit le jour à nouveau
Ceci est pour partie de mon fait. J’avais été très heureuse de la création de cette pièce, du travail de Patrice Kerbrat et des comédiens. Entre temps, je n’ai pas eu de propositions qui me paraissaient d’un niveau égal. J’écrivais d’autres choses, je n’étais pas pressée. J’avais aussi la chance qu’elle soit jouée un peu partout dans le monde.

Pourquoi avoir accepté le projet de Gabriel Garran ?
Gabriel aime ce texte depuis toujours. Il était déjà, dans l’ombre, un des « acteurs » de sa création. Nous avions reçu le Prix de la Fondation Johnson, un prix qui n’existe plus mais qui avait permis à Henri de Menthon, dont je suis heureuse de saluer une fois de plus la mémoire, de produire ce spectacle dans des conditions optimales puisque ce prix était doté d’une somme de 200 000 francs. Gabriel avait grandement pesé sur la décision du jury dans lequel se trouvait également Daniel Darrès ! Lorsque Héléna Bossis et Daniel Darrès m’ont proposée de re-créer la pièce chez eux, au Théâtre Antoine, avec Gabriel Garran dont j’apprécie le travail courageux et original depuis des années, je n’ai eu aucune hésitation.

Deux acteurs de la création se retrouvent dans la distribution, à d’autres emplois…
Oui. Josiane Stoleru qui jouait Edith, va jouer Julienne, la tante. Jean-Michel Dupuis qui jouait Alex, va jouer Nathan, le frère aîné. Je ne voudrais pas parler à leur place mais je crois qu’ils sont heureux de retrouver, des années plus tard, avec la distance d’un autre regard, l’univers de cette pièce qui a beaucoup comptée pour nous tous.

Qu’est-ce-qui a changé en vous à la veille de cette nouvelle création ?
Question vaste… A laquelle il m’est difficile de répondre. Moins d’inconscience je dirais. Encore que je n’en ai jamais tellement eue. Ce qui a changé ? Tout simplement, le temps.

     
 
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