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Pagnol le Grand
Jamais je n’oublierai les entretiens que j’eus avec Marcel Pagnol au cours des dernières années de sa vie. Dans son hôtel particulier du square de l’avenue Foch, il me parlait du Masque de fer dont il s’acharnait à résoudre l’énigme. Je l’entends encore : « Quand j’y serai parvenu, je survivrai. Mes œuvres ne compteront plus. » Quand je me fâchais, il protestait : « Vous qui êtes plus jeune, vous verrez ! » J’ai vu en effet.
Il a tout abordé. Auteur dramatique : Topaze, Marius, Fanny, César, Judas. Scénariste, réalisateur et producteur de films : Regain, Le Schpountz, La femme du boulanger, La fille du puisatier. Écrivain : ces inoubliables souvenirs d’enfance que toute la France a lus.
Simple étape dans cette vie multiple : le 7 octobre 1962, on inaugura à Marseille un lycée. Fait rarissime, le nom qui lui avait été attribué n’était pas celui d’une gloire disparue depuis plusieurs décennies, voire quelques siècles. La foule qui bruissait d’enthousiasme le voyait prodigieusement vivant, ce Marcel Pagnol dont le style et l’accent s’identifiaient si bien aux leurs. Ces gens avaient applaudi les pièces, vu les films. Comme lui, ils avaient envie de remercier la municipalité à laquelle Marcel devait cette largesse. Ils l’écoutaient parler de son père Joseph Pagnol, maître d’école dont il chantait les mérites, la droiture et, pour tout dire, la sainteté laïque. Tourné vers les officiels, il les félicitait d’avoir donné le nom de l’instituteur Pagnol à leur lycée. Homme de spectacle avant tout, il baissa la voix pour conclure : « Merci d’avoir à son nom ajouté mon prénom. »
Alain Decaux
de l’Académie française
Site officiel: http://www.marcel-pagnol.com/
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