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L'importance d'être constant
2006, c’est une année importante pour le Théâtre Antoine.Elle marque le centenaire des adieux d’André Antoine, fondateur du Théâtre libre, et âme de cette maison. Il est appelé à la direction du Théâtre National de l’Odéon.
Cent ans après la présence de cet homme de théâtre exceptionnel, ce pionnier, cet inventeur, est toujours vivante dans notre maison. Antoine demeure l’inventeur du Théâtre moderne. La relève est assurée par Firmin Gémier.
2006 est comme un anniversaire.
Il y a dix ans, ici même, triomphait la comédie d’Oscar Wilde « Un mari idéal ».
Cette pièce représentée plus de cinq cent fois demeure un des grands titres de notre répertoire.
Ce triomphe (10 nominations, Molière du meilleur spectacle et Didier Sandre, Molière du meilleur comédien) justifiait de retrouver cet auteur, si rare et si personnel et tant apprécié du public. C’est sa dernière pièce que nous avons retenue « L’importance d’être Constant », jouée régulièrement dans le monde.
Nous retrouvons avec amitié Pierre Laville qui en a écrit la version nouvelle ; et met en scène.Pace pour les décors (notre complice de Pirandello, Pinter, Stoppard et Arrabal…) ; et Emmanuel Peduzzi, après une si heureuse « Madame Sans Gêne », pour la création des costumes.
Nous sommes si heureux d’accueillir à nouveau Macha Méril, et deux jeunes talents si passionnés, si fougueux, si spontanés, si amoureux du Théâtre : Lorant Deutsch et Frédéric Diefenthal. Bienvenue à Gwendoline Hamon, Marie-Julie Baup, Claire Magnin, Patrick Delage et Yves Gasc
Nous voilà tous réunis pour préparer une oeuvre toujours à découvrir « L’importance d’être Constant »….
Héléna BOSSIS – Daniel DARES |
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L'IMPORTANCE D'ÊTRE CONSTANT,
ou la Comédie du Bonheur.
Oscar Wilde écrit L'IMPORTANCE D'ÊTRE CONSTANT, simultanément à UN MARI IDEAL.
Il y a dix ans, le Théâtre Antoine affichait UN MARI IDEAL, qui allait rencontrer un très grand succès pendant trois ans. Aujourd'hui, Héléna Bossis et Daniel Dares présentent L'IMPORTANCE D'ÊTRE CONSTANT, qui trouve dans le théâtre fondé par André Antoine, au moment même où Oscar Wilde écrivit la pièce, un décor plus que jamais... idéal.
Les deux pièces d'Oscar Wilde, irlandais de souche et d'humeur, on pourrait dire doublement insulaire, aussi peu "anglais" que possible, seront créées à Londres, à moins d'un mois d'intervalle, en janvier-février 1895, et elles seront acclamées, en présence de la famille royale, par la haute société londonienne, celle-là même que l'auteur dénonçait de toute son ironie, sinon de tout son mépris.
Le mois précédent, Wilde - célèbre pour son oeuvre de journaliste autant que de dramaturge - avait traîné en justice pour diffamation Lord Douglas, père du petit Lord qui avait bouleversé sa vie. Il affrontait en toute lucidité un procès qui allait lui valoir plusieurs années de bagne et la ruine de sa vie affective et sociale. Le Dandy se faisait Justicier, par pur désir de proclamer une vérité qui lui semblait essentielle et que rejetait la société victorienne. C'est placé au plein coeur de cette épreuve tragique et de ce contexte offensif, où il allait tout perdre (sauf paradoxalement sa femme Constance et ses enfants), dans cette tension et livré à ce déchirement, qu'il écrit L'IMPORTANCE D'ÊTRE CONSTANT, la pièce la plus joyeuse, légère, vivace, imprévue, libre, jubilante qui soit. Sans la moindre trace des terribles dangers qu'il traverse. L'auteur écrit sa pièce comme à l'opposé de tout souci, dans une situation duelle, sorte de mise en abyme décalée.
L'IMPORTANCE D'ÊTRE CONSTANT est un hymne au bonheur, à l'insouciance d'une catégorie sociale de nantis, à la douceur de vivre, au jeu des amours et du hasard, à la légèreté qui rassure, sinon guérit des charges qu'impose une société prude et intransigeante. Wilde écrit sa pièce avec une maîtrise sans égale, une forme évidente et accomplie. L'oeuvre est jubilatoire. Tout ici a goût du bonheur, ce qui n'empêche pas de pressentir tout autour la charge d'un monde impitoyable.
Wilde semble possédé par un plaisir illimité de créer du théâtre. Une forme de théâtre et de comédie, qui renouvelle le genre, cousin de Lewis Caroll, lointain rejeton de Marivaux, générateur au cinéma des comédies "primitives" de John Ford (autre irlandais). Et comme s'il pressentait qu'il s'agissait bien de sa dernière pièce, il fait feu de tout. Il danse sur un volcan, léger, rieur, insouciant, sans renoncer une seconde à faire agir le thème profond qui court à chaque instant, celui du Double, de l'impossible manière de s'assurer fragmenté et divisé, de cette dualité qui est pourtant un des plus répandus fardeaux de l'homme. Chacun de ses personnages est candide et cynique, naturel et dandy, actif et passif, vertueux et débauché, sincère et rusé, infidèle et constant, double et unique. C'est bien dans ces années-là que l'ont découvre une sexualité autre et les premières oeuvres de Freud, où la musique, la poésie et la peinture éclatent... Tout renvoie à une dualité de l'homme, dont la grande histoire revient à s'inventer une unité.
Quête d'unité, quête d'identité. Qui es-tu ? D'où viens-tu ? Quel est ton nom ? Es-tu mon frère ? De qui suis-je le fils ? Les personnages de L'IMPORTANCE D'ÊTRE CONSTANT courent après eux-mêmes, transgressant leur rôle social. Tous les genres volent à leur secours et tous les procédés possibles : changements d'identité, travestissements, ruses, coups de théâtre. On croise le merveilleux, presque l'incohérence du rêve (ce bébé confondu avec un manuscrit de roman sentimental et devenant un petit Moïse égaré à la consigne de Waterloo Station...). Nous sommes au théâtre et nulle part ailleurs.
Le réel existe-t-il ? La vie est un songe, nous le savons, chantonne Wilde, et tout est bien qui finit bien...
Pierre LAVILLE
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